Les blocages psychologiques et spirituels selon les Ahlulbayt (as)

Par Ninouse

Introduction

Les enseignements de la Famille Prophétique d’Ahlul-Bayt (as) ne font pas de distinction entre l’état psychologique de l’état spirituel.  Nombreuses sont les personnes qui subissent leur vie au lieu d’en être acteur. Certaines naissent, vivent et meurent avec des blocages parfois très lourds sans même savoir qu’il existe des solutions.

En effet à travers différentes traditions rapportées, les Imams d’Ahlul-Bayt (as), nous expliquent que les souffrances humaines ne sont pas uniquement d’origines corporelles.  L’aspect psychologique  est dans  la grande majorité des cas, la cause principale de l’échec humain, et cela pour plusieurs raisons tel que :

  • un cœur désorienté.
  • une mauvaise gestion des pensées (stress).
  • La peur de l’inconnu.
  • L’attachement au regard des gens, le « qu’en dira t’on ».
  • L’éloignement d’Allah, mauvaise où pas du tout de spiritualité.

Allah dit :

« Et quiconque se détourne de Mon Rappel, mène certes une vie pleine de gêne, et le Jour de la Résurrection, Nous l’amènerons aveugle au rassemblement. »

« Il dira : « Seigneur, pourquoi m’as-Tu amené aveugle au rassemblement alors que je voyais clair ? »

« [Allah] dira : « Tout comme Nos signes t’étaient venus et que tu les as oubliés, de même aujourd’hui tu es oublié. » (Sourate 20 : versets 124 à 126)

Il dit aussi :

​« Et puis, quiconque Allah veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l’Islam. Et quiconque Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s’il s’efforçait de monter au ciel. Ainsi Allah inflige la souillure à ceux qui ne croient pas. »                (Sourate 6 : verset 125)

L’âme humaine se languit ici-bas, captive de ses passions et abusée par ses propres illusions ; elle se trouve cruellement à l’étroit dans la prison de son corps. Dès lors que la science divine est négligée, la raison perd son flambeau, et l’être, tremblant, redoute le vain jugement des hommes. Un lourd sentiment d’impuissance s’empare alors de lui : une incapacité douloureuse à progresser, alors même que sommeillent en son sein, ignorées et inexploitées, des facultés profondes que le Ciel y a enfouies, et qui n’attendent que le réveil de l’esprit pour briser leurs chaînes.

Les chiffres actuels montrent que l’anxiété et le stress sont devenus un phénomène mondial massif, au point que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) parle aujourd’hui d’une crise majeure de la santé mentale.

En 2021, les troubles anxieux frappaient déjà quelque 359 millions d’âmes à travers le monde. En 2024, ce fléau universel en venait à consumer environ 6,3 % de la population mondiale, s’imposant désormais comme la pathologie mentale la plus répandue de notre siècle.

​Face à cette détresse moderne du a un manque de spiritualité , la vocation profonde des enseignements des Imams d’Ahl al-Bayt (as) s’éclaire d’un jour nouveau : ils offrent le remède éprouvé pour sonder ces blocages émotionnels et purifier le sanctuaire intérieur de l’âme. En affranchissant l’être de ses chaînes, cette sagesse restaure la confiance absolue en Allah et restitue enfin à l’homme sa pleine dignité d’acteur de son destin.

CHAPITRE I :  L’anxiété et ses effets

1. L’anxiété accélère le vieillissement prématuré de l’Homme

Hadith n°1 :

L’Imam Ali ibn Abi Talib (as) a dit :

« L’anxiété est la moitié de la vieillesse. » (Nahj al-Balagha)

Définition de l’anxiété (Al qalaq) :

L’anxiété est un état de peur, d’inquiétude ou de tension intérieure face à un danger réel ou imaginé, futur ou incertain. C’est une anticipation négative de ce qui pourrait arriver contrairement à la peur immédiate qui apparaît devant un danger réel et présent. L’anxiété a un effet dévasteur sur le corps humain. 

Les symptômes sont une agitation mentale avec une asthénie psychologique et physiques comme :

  • des pensées qui envahissent notre esprit de manières intempestives.
  • une oppression intérieur constante.
  • des troubles du sommeil.
  • une accélération du rythme cardiaque.
  • des tensions musculaires.

Allah dit :

« Oui, l’homme a été créé  anxieux : quand le malheur le touche, il est tout abattu ; et quand le bien le touche, il devient avare. Sauf ceux qui pratiquent la prière… »

(Sourate Al-Ma’arij 70:19-22)

Perspective spirituelle de l’Imam Ali (as) :

Cette parole montre que la finalité directe de l’anxiété est l’accélération de la vieillesse des individus. En effet, l’anxiété détruit le corps, les pensées négatives épuisent l’esprit et la peur constante consume l’énergie vitale. L’actualité anxiogène et les évènements mondiaux ajoutent à un quotidien jugé stressant dû à un avenir incertain. L’anxiété use l’être humain prématurément et finit par lui retirer sa force vitale.

2.   La pollution de l’esprit par des pensées futiles

Hadith n°2

Ja’far al-Sadiq (as) a dit :

« Celui qui s’inquiète pour ce qui ne le concerne pas, son anxiété durera. »

Beaucoup de souffrances viennent du regard des gens, des comparaisons, des rumeurs, des scénarios imaginaires ou a contrario du besoin de contrôle absolu.

Ibliss (le diable) pousse l’être humain, à imaginer le pire, à vivre dans la peur, à perdre sa concentration, et à s’éloigner de l’essentiel.

Allah  dit :

« Le Diable vous fait craindre la pauvreté et vous ordonne la turpitude, tandis qu’Allah vous promet pardon et grâce venant de Lui. Et Allah est Immense et Omniscient. »

(Sourate Al-Baqara 2 : 268)

Il dit aussi :

​« C’est seulement le Diable qui vous fait peur de ses adhérents. Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi, si vous êtes croyants. »

(Sourate Ali Imran  3 : 175)

Allah nous explique clairement que Ibliss nous pousse à l’avarice, au désespoir aux péchés, il nous empêche d’avoir confiance pleinement en notre Créateur en installant le doute en nous…

Conclusion :

La tradition des Imams d’Ahlul-bayt (as) accorde une importance capitale à l’état intérieur, traitant souvent les blocages psychologiques sous les thèmes de la détresse (al-karb), de l’anxiété (al-Hamm / al qalaq) de l’indécision ou de la paresse spirituelle. L’Imam Ali (as) dans le hadith n°1 souligne l’impact physique et prématuré du stress mental qui agit sur le corps humain ce qui entraine sa dégradation rapide. L’Imam Al Sadiq (as) identifie quant à lui le manque de focus comme source de blocage. Ibliss en est la source en insufflant en nous toutes sortes de craintes qui détruisent la vie sans qu’elles aient lieu d’être.

Chapitre II : Comment combattre ses blocages ?

  1. Combattre les soucis :

Hadith n° 3 :

Ali ibn Abi Talib (as) a dit :

« Chassez les soucis qui vous assaillent par la force de la détermination et de la belle patience. »

Ici l’Imam nous enseignent deux armes essentielles :

La détermination :

Cette vertu se traduit par une force intérieure souveraine, qui pousse l’individu à s’élever vers son dessein en bravant les entraves de l’esprit et du corps. Loin d’être un élan éphémère, la véritable détermination exige une volonté constante, une immuable fermeté du cœur et une résilience capable de franchir les obstacles les plus abrupts. Dans le sanctuaire de l’étude et de la transmission, cette détermination s’incarne chez l’élève par un engagement total de l’esprit, se manifestant par une participation active qui nourrit l’enseignement d’interrogations et de réflexions fécondes. L’étudiant ne retient pas la science comme une théorie morte, mais applique avec rigueur ce qu’il assimile, persévérant malgré les rigueurs du chemin et refusant toute passivité face à ses propres blocages. La métamorphose intime de l’être ne saurait être l’œuvre du hasard ; elle réclame un effort soutenu, une rigoureuse discipline et l’implication la plus sincère de l’élève.

Allah dit :

​« Est-ce que celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie, et à qui Nous avons assigné une lumière grâce à laquelle il marche parmi les gens, est semblable à celui qui est dans les ténèbres dont il ne peut sortir ? Ainsi on a enjolivé aux infidèles leurs actions. »

(Sourate les bestiaux 6 : verset 122)

 La patience :

La patience (Sabr en arabe) est une qualité centrale. Elle désigne la capacité a resté ferme et stable face aux épreuves, aux difficultés, aux peurs et aux désirs de l’âme, prendre du recul pour méditer. Cette qualité n’est pas passive. Elle est :

  • Une maîtrise de soi
  • Une résistance intérieure

Dans le cadre de l’étude et de l’assimilation des sciences sacrées, la patience s’impose comme la faculté souveraine de poursuivre son apprentissage en dépit des rigueurs de la tâche ; elle commande une persévérance inflexible qui refuse de fléchir devant la fatigue de l’esprit, et exige surtout de l’être qu’il consente, avec humilité et constance, au lent processus de sa propre transformation intérieure.

Allah dit :

​« Les endurants recevront leur pleine récompense sans compter. » (Sourate Az-Zumar 39 : verset 10)

L’Imam Ali ibn Abi Talib (as) a  enseigné :

« Au comble de la détresse vient la délivrance, et quand les anneaux de l’épreuve se resserrent, c’est qu’elle va se dénouer. »

Garder l’espoir durant les épreuves :

L’Imam al-Sadiq (as) a dit :

« Espère en Allah d’un espoir qui ne te pousse pas à Lui désobéir, et crains-Le d’une crainte qui ne te fasse pas désespérer de Sa miséricorde. »

(Al-Kafi, Tome 2)

L’Imam al-Sadiq (as) nous enseigne que les difficultés ne sont pas éternelles. Même dans les moments de pression intense, le croyant garde l’espoir que la délivrance approche.

Le souvenir (dhikr) et la confiance (tawakkul)

Hadith n°4 :

Ja’far al-Sadiq (as) a dit :

« Si le monde se resserre autour de toi, dis : Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu l’Élevé, l’Immense. »

Ce hadith rappelle la place souveraine du dhikr dans l’existence de chaque croyant, dont le cœur doit demeurer attaché à l’invocation divine tant dans l’éclat de la prospérité que dans la nuit de la détresse. Dans la pure tradition doctrinale transmise par les Imams d’Ahlul-Bayt , ce rappel à Dieu n’est point une vaine récitation, mais l’acte par lequel l’homme confesse l’infirmité de sa condition et s’abandonne à l’Absolu ; il consacre la certitude intellectuelle et spirituelle que notre force et nos mouvements ne sauraient s’accomplir sans le déploiement de la Volonté suprême.

Hadith n°5 :

L’Imam Ali ibn Abi Talib (as) a dit :

« Celui qui a une bonne opinion de Dieu est à l’abri du désespoir.»

​Le secours divin se déploie dans la vie de l’homme à la mesure de la connaissance et de la majesté qu’il accorde à son Créateur en son propre cœur. Si la perception que nous avons de Dieu demeure étroite et limitée, l’horizon de notre attente le sera tout autant ; mais si, par l’éveil de l’intellect et de la foi, nous Le reconnaissons comme le Grand, le Très-Haut, capable de toute chose, et que notre confiance s’abandonne sans réserve à Sa Toute-Puissance, alors Sa grâce se manifestera avec une infinie grandeur dans nos existences, scellant ainsi l’accomplissement de notre transformation intérieure.

Hadith n°6 :

Ali ibn al-Husayn Zayn al-Abidin (as) a dit :

« Seigneur, je Te demande un cœur sain qui se soumet à Toi. » (Sahifa Sajjadiya)

Le cœur sain est : un cœur apaisé, soumis à Allah, dans la confiance et l’espoir et libéré des troubles intérieurs qui éloignent l’être humain de l’équilibre.

Hadith n°7

Musa al-Kazim (as) a dit :

« Rien n’est plus utile au cœur que la lecture du Coran avec réflexion. »

La réflexion (tadabbur) est une manière de combattre ses blocages en apaisant le cœur par   l’éclaircissement des pensées. Allah nous dit :

​« Ceux qui ont cru, et dont les cœurs s’apaisent au rappel d’Allah. N’est-ce point par le rappel d’Allah que s’apaisent les cœurs ? » (Sourate Ar-Ra’d 13 : verset 28)

L’Imam Al-Kazim (as) nous enseigne ici que le tadabbur est un outil de restructuration cognitive. En effet cela signifie que la réflexion sur le Coran peut progressivement corriger les pensées négatives, les peurs irrationnelles et les mauvaises perceptions de la réalité en ayant une réflexion profonde et méditative complété par les hadiths des Imams de la Famille Prophétique (as) qui nous expliquent le sens exotérique et ésotérique des versets. L’un ne saurait aller sans l’autre ; c’est pourquoi l’étude exige des enseignements qui éclairent l’intelligence des versets à la lumière pure de la tradition prophétique. C’est à cette seule condition que le tadabbur cesse d’être une simple méditation pour devenir une œuvre de redressement intime, un miroir rigoureux qui corrige et transfigure l’architecture intérieure de l’âme.

  • Affronter ses peurs et ne pas fuir les changements

Hadith n°8

Ali ibn Abi Talib (as) a dit :

« Si tu redoutes une chose, jette-toi dedans, car l’attente de cette chose est plus pénible que la chose elle-même. »

Cette sentence met en exergue combien l’évitement nourrit et pérennise les entraves de l’esprit. Si la fuite procure l’illusion d’un soulagement immédiat, l’être se méprend en croyant ainsi se protéger ; car plus l’homme se dérobe devant l’objet de son effroi, plus cette ombre grandit et colonise son espace intérieur. Seul l’assaut frontal des difficultés permet de briser le cercle vicieux de la dérobade, d’éveiller le courage et de restaurer la souveraineté de l’âme sur elle-même, réduisant ainsi au silence les suggestions insidieuses de son double altéré, le Qarîne.

Conclusion générale

Les Imams suggèrent généralement une approche en trois parties pour lever les blocages :

  • Le passage à l’action : Affronter la peur pour la dissiper.
  • La restructuration mentale : Se détacher de ce que l’on ne peut contrôler.
  • La connexion spirituelle : L’utilisation d’outil spirituel tel que le dikhr, le tawakkul et le tadabbur pour apaiser le cœur, l’esprit et l’état intérieur de l’Homme.

L’Imam al-Sajjad (as) a dit :

 « Seigneur, je Te demande un cœur sain qui se soumet à Toi. » (Sahifa Sajjadiya)

Tout ceci afin d’atteindre la liberté intérieurecomme le dit l’Imam Ali (as) :

« Ne soyez pas l’esclave de vos passions, car Dieu vous a créés libres. »

L’être humain peut devenir prisonnier de ses peurs, de ses envies, de ses émotions ou de ses habitudes.

L’Imam (as) rappelle ici que la véritable liberté est intérieure qu’il faut casser l’illusion de l’autosuffisance tout en étant acteur de sa propre vie.

Pour une version synthétique : https://la-voie-des-ahlulbayt.fr/briser-les-blocages/

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