La méthode des Imams d’Ahlul Bayt face aux questions nouvelles

Face à une situation inédite où les sources des Ahlul Bayt (as) ne fournissent aucune directive explicite, une tentation naturelle surgit : celle de recourir à un effort d’interprétation pour produire une réponse. Le mot ijtihad, étymologiquement l’effort (afin d’obtenir une interprétation juste devant un problème connu), n’est pas en lui-même le problème. Ce qui l’est, c’est la source sur laquelle cet effort s’appuie et la conclusion qu’il prétend produire.

Un ijtihad est légitime lorsqu’il est motivé exclusivement par les sources provenant des Thaqalayn (Coran et hadiths des Imams d’Ahlul-Bayt), et qu’il ne déclare une chose où un acte ḥalāl ou ḥarām que si un hadith explicite des Ahlul Bayt (as) le conforte.

Un ijtihad non fondé sur des sources Coraniques et des Hadiths des Imams d’Ahlul-Bayt (as) est un égarement, c’est précisément là que les Imams d’Ahlul Bayt ont tracé la limite. Lorsqu’on impose des règles fondées sur les intuitions des savants, le consensus général ou des sources extérieurs aux Thaqalayn, on ne transmet plus la guidance divine : on la remplace.

I.Le bon et le mauvais ijtihad

Les Imams d’Ahlul Bayt (as) ont fermement condamné l’ijtihad qui s’appuie sur la raison seule (ʿAql), l’analogie (qiyās), le consensus (ijmāʿ) ou l’opinion personnelle (raʾy) pour aller au-delà ou à l’encontre de ce que les Thaqalayn ont transmis.

L’interdiction porte spécifiquement sur une forme d’ijtihad qui s’écarte des Thaqalayn comme fondement unique, ou qui y intègre des critères humains, tels que l’avis des savants, la science des hommes (ʿilm al-rijal) ou le consensus, afin de filtrer, voire de contredire les enseignements des Imams d’Ahlul Bayt (as). Le danger réside dans l’usage abusif de cet effort de réflexion (ijtihad) : certains s’en revendiquent pour valider des positions opposées aux hadiths authentiques, sous prétexte que des autorités religieuses les auraient remises en question, marquant ainsi une rupture inacceptable avec la source originelle de la guidance.

Les Imams d’Ahlul Bayt (as) nous ont désigné le seul repère légitime permettant de résoudre les questions (équations) complexes: l’homme doué de connaissance issu de la famille du Messager d’Allah. Le Messager d’Allah ﷺ a dit :

« Le Messager d’Allah (as) a dit : « Les hadiths de ma famille ne sont guère acceptés. Personne ne croit en ces hadiths, à l’exception des anges, d’un prophète envoyé ou d’un serviteur dont Allah a éprouvé le cœur par la foi. Par conséquent, acceptez tout hadith qui provient de ma famille, auquel votre cœur se soumet et que vous reconnaissez comme étant authentique. Et pour le hadith devant lequel votre cœur recule (instinctivement) et qui ne vous est guère acceptable, référez-vous à Allah, au Messager d’Allah et à l’homme doué de connaissance issu de la famille du Messager d’Allah. Quiconque parmi vous rapporte quelque chose qu’un autre ne peut acquiescer et qui dit ; « Par Allah ! Ce n’est guère ainsi ! Par Allah ! Ce n’est pas cela ! » périra car la dénégation est la cause de la mécréance. » Uṣūl Al-Kāfī, vol. 3, p.7

Cet homme ne légifère aucunement selon son opinion personnelle, mais puise sa science exclusivement dans les Thaqalayn en s’appuyant sur une connaissance exhaustive des hadiths du Prophète et de sa famille. Sa démarche exclut toute extrapolation ou filtre humain, s’attachant à transmettre la parole sacrée dans sa pureté originelle ; c’est précisément pour cette rigueur et cette fidélité absolue qu’il s’impose comme la référence vers laquelle il convient de se tourner. L’imam al-Sadiq (as) a dit :

​« Il nous incombe de vous transmettre les principes (Al-Usul), et il vous incombe d’en ramifier les branches (Tafri’). »

En résumé, les hadiths n’interdisent pas l’effort intellectuel, ce qu’ils interdisent c’est l’arbitraire, l’utilisation de la raison non fondée sur des sources provenant des Thaqalayn. Pour les Imams d’Ahlul-Bayt (as), une sentence où un verdict doit toujours remonter à une source divine et non à un raisonnement humain. Il est rapporté que les Imams Ja’far al-Sadiq (as) et al-Baqir (as) ont dit :

​« Il n’y a rien de plus éloigné de la raison des hommes que l’exégèse du Coran. »

II. Le fondement inaltérable : les deux poids

Avant de mourir, le Messager d’Allah ﷺ a dit, dans un hadith largement attesté dans les sources chiites et sunnites :

« Je vous laisse deux choses précieuses (thaqalayn). Si vous vous y accrochez, vous ne vous égarerez jamais : le Livre d’Allah et ma Famille, les Gens de ma Maison. Ces deux-là ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils me rejoignent au Bassin. »

Sahih Muslim 2408a & Al-Kāfī, vol.1 hadith 99

Ce hadith établit une indissociabilité organique : le Livre et les Ahlul Bayt sont liés. L’un ne peut être compris sans l’autre. Toute lecture du Coran sans l’interprétation des Imams Ahlul Bayt (as) conduira à un égarement. L’indissociabilité du Coran et des Hadiths d’Ahlul-Bayt est consacrée par le verset révélé le jour de Ghadir Khumm, suite à la désignation de l’Imam Ali ibn Abi Talib (as) comme Maître des Croyants (walī):

« Aujourd’hui, J’ai parachevé votre religion, complété Mon bienfait sur vous et agréé l’islam comme religion. »

Coran 5:3

La religion ne peut être complète sans l’Imam désigné par Allah. Séparer le Livre des Imams Ahlul Bayt, c’est séparer ce qu’Allah a lui-même lié. Celui qui ne reconnaît pas les Imams d’Ahlul-Bayt Ahlul Bayt comme interprètes uniques du Coran s’est placé en dehors du cadre imposé par le Prophète ﷺ.

III. La science d’Ahlul-Bayt : un dépôt sacré, non un raisonnement humain

La science des Ahlul Bayt n’est pas le fruit d’un effort d’interpretation. L’Imam al-Ṣādiq (as) a dit :

« Avec nous se trouve la connaissance de tout ce qui a été et de tout ce qui viendra à l’existence jusqu’au Jour du Jugement. » (Al-Kāfī, vol.1 hadith 632)

Cette connaissance est héritée : transmise du Prophète Mohammad (as), puis d’imam en Imam jusqu’au 12ème le Mahdi (as), ce que le Coran appelle : ʿilm ladunnī, une connaissance d’origine divine. Les Imams sont « ahl al-dhikr » : La famille du rappel divin, ceux vers qui l’interrogation doit se diriger.

Devant l’éclat de cette vérité, l’effort rationnel des hommes, qu’il s’agisse du raʾy (l’opinion), du qiyās (l’analogie), de l’ijmāʿ (le consensus), ne peut être perçu que comme une substitution illégitime. Loin de combler un prétendu silence, ces méthodes ne font qu’édifier une illusion de guidance sur les sables mouvants de la conjecture humaine. Pour celui qui s’attache fermement aux « Deux Poids » (al-Thaqalayn), une interrogation fondamentale demeure : si les Imams sont les uniques dépositaires de l’interprétation du Livre, et si leur science est une émanation divine plutôt qu’une construction déductive, comment justifier le recours à des procédés que ces mêmes Guides ont si formellement proscrits ?

L’Imam al- Ṣādiq (as) a été particulièrement explicite sur l’origine de cette pratique :

« Le premier à avoir pratiqué le qiyās (l’analogie, la déduction) fut Iblīs » Al-Kāfī, vol.1 hadith 179

Un exemple transmis illustre concrètement l’abîme entre la raison divine et la logique humaine. Abū Ḥanīfa fut parmi les nombreux élèves de l’Imam al-Ṣādiq (as). Un jour, l’Imam l’interrogea sur plusieurs questions fondamentales de la jurisprudence islamique. À chaque réponse, il apparut que son raisonnement analogique, pourtant humainement cohérent en apparence, produisait un résultat diamétralement opposé à ce qu’Allah avait prescrit.

  • L’Imam lui demanda d’abord : « Qu’est-ce qui est le plus grave aux yeux d’Allah : le meurtre ou la fornication ? » Abū Ḥanīfa répondit : le meurtre. L’Imam rétorqua : « Pourquoi Allah a-t-il alors accepté deux témoins pour établir un meurtre, et en a exigé quatre pour la fornication ? » La gravité supposée plus grande du meurtre aurait dû, selon la logique analogique, exiger davantage de temoins, et non moins.
  • L’Imam lui demanda ensuite : « Qu’est-ce qui est meilleur, la prière ou le jeûne ? » Abū Ḥanīfa répondit : la prière. L’Imam lui dit : « Pourquoi alors Allah a-t-il prescrit à la femme qui a ses menstruations de rattraper les jours de jeûne manqués, et non les prières manquées ? » Si la prière est supérieure, la logique humaine aurait imposé de la rattraper en priorité, or Allah a ordonné l’inverse.
  • Il lui demanda enfin : « Qu’est-ce qui est le plus impur, l’urine ou le sperme ? » Abū Ḥanīfa répondit : l’urine. L’Imam conclut : « Pourquoi Allah a-t-il alors prescrit le ghusl après l’éjaculation, et non après l’urine, alors que tu la juges plus impure ? (Biḥār al-Anwār, vol. 2, p. 287 ; Al-Iḥtijāj, vol. 2, p. 360)

Dans les trois cas, la réponse d’Abū Ḥanīfa était rationnellement cohérente avec ses propres prémisses, et pourtant fausse au regard de la prescription divine. Ce n’est pas un accident : c’est la démonstration que la raison humaine, livrée à elle-même, ne peut remplacer la logique d’Allah. Elle peut produire un raisonnement parfaitement structuré et aboutir, malgré tout, à l’erreur.

Mais le problème est encore plus profond dans ce cas car Abū Ḥanīfa se trouvait physiquement en présence de l’Imam al-Ṣādiq (as), c’est-à-dire devant l’une des deux composantes vivantes des Thaqalayn. Il lui suffisait de retourner la question à l’Imam pour obtenir la réponse à ces questions. Pourtant, à chaque question, il a délaissé cette source pure pour puiser dans une autre : son propre raisonnement (raʾy) et son analogie (qiyās). Ainsi Abū Ḥanīfa illustre ainsi le cas extrême : non seulement il s’écarte de la source légitime, mais il le fait alors que cette source se tient devant lui.

C’est précisément pourquoi les Imams d’Ahlul Bayt (as) ont interdit de substituer l’analogie et l’opinion personnelle au texte transmis. Comme l’a dit l’Imam al-Ṣādiq (as) :

« Rien n’est plus éloigné des esprits des hommes que le Coran. » (Tafsīr al-ʿAyyāshī, vol. 1, p. 17, hadith 5)

IV. L’Occultation du Douzième Imam : un silence divin qui n’autorise nulle conjecture humaine

L’absence manifeste de l’Imam Al-Mahdi (as) ne saurait être réduite à un simple accident de l’histoire. Selon les sources sacrées, cette Occultation est le fruit amer de la conduite de la communauté : l’indifférence persistante envers les Thaqalayn et l’allégeance portée à des autorités usurpatrices, au détriment des Imams d’Ahlul-Bayt (as), ont forgé cette réalité. Pour autant, le retrait du Guide (12ème Imam) ne signifie nullement l’extinction de la Lumière ; la Preuve divine demeure active et opérante au cœur du monde, ainsi que l’atteste l’Imam Ali (as) dans ce hadith :

« Ô mon Dieu ! D’évidence, la Terre ne sera jamais dépourvue d’un Qaïm pour Allah, d’un Argument, qu’il soit apparent et célèbre ou craintif et non apparent afin que les Arguments d’Allah et Ses Preuves pas abolis… »

Nahj Al Balagha, parole de sagesse n°147

L’Occultation ne saurait suspendre l’obligation sacrée de s’en remettre aux Ahlul-Bayt, pas plus qu’elle ne légitime le recours à l’opinion personnelle, à l’analogie ou au consensus pour pallier le silence des sources. Bien au contraire, l’épreuve réside précisément dans la persévérance : tenir fermement les « Deux Poids » (al-Thaqalayn) sans succomber à la tentation de combler ce vide par une autorité humaine que les Guides n’ont jamais habilitée. Dans ce retrait apparent, la fidélité consiste à ne pas substituer la lumière de la Révélation par les ombres de la conjecture. Face à un vide jurisprudentiel, voilà pourquoi, encore une fois, les Imams d’Ahlul-Bayt (as) nous demandent de dire :

L’Imam as-Sadiq (paix sur lui) a dit : « Que celui qui veut parfaire sa foi entièrement dise : « La parole provenant de moi sur toutes choses est la parole de la Famille de Mohammad (as), dans ce qu’ils ont caché, ce qu’ils ont montré, ce qui m’en est parvenu d’eux et ce qui ne m’en est pas parvenu. » (Al-Kafi, vol. 2, p. 306)

V. La fidélité au Texte face à l’insidieuse tentation du culte des fatwas.

Les Imams d’Ahlul-Bayt (as) ont eux-mêmes désigné le relais légitime en leur absence :

« Regardez parmi vous celui qui rapporte nos hadiths, connaît nos jugements, et prenez-le comme juge. »

Man Lā Yaḥḍuruh al-Faqīh, Volume 3, Livre 1, Chapitre 1, hadith 1

Il est impératif d’aborder cette directive dans sa pureté originelle, afin d’en préserver l’essence et la profondeur. L’injonction « Prenez-le comme juge » ne saurait être une licence accordée au savant pour forger des règles nouvelles issues de son propre raisonnement. Au contraire, elle désigne celui qui, par sa maîtrise absolue du corpus sacré des hadiths des Imams d’Ahlul-Bayt (as), devient capable de discerner la parole des Douze Imams applicable à chaque situation.

​Son rôle n’est point de se substituer au texte, mais d’en être le serviteur dévoué. Le transmetteur fidèle à la tradition de l’école Akhbari qui s’attache au hadith et l’applique dans sa noble littéralité. Il se refuse à combler un prétendu « vide juridique » par l’intrusion de son avis personnel, car il a la certitude que rien n’a été omis par les Imams. Dans cette perspective, le silence apparent des sources n’est pas une absence de loi, mais une invitation à la soumission : ce n’est jamais le texte qui fait défaut, mais seulement notre capacité à en embrasser l’interprétation. Ce point fondamental nous ramène à une mise en garde solennelle du Coran :

« Ils ont pris leurs savants et leurs moines comme seigneurs en dehors d’Allah. »

Coran 9:31

À la lumière de l’enseignement de l’Imam al-Baqir (as) consigné dans le Tafsīr al-Qummī, ce verset dévoile une vérité profonde : il dénonce l’allégeance dévoyée aux moines et aux rabbins dès lors qu’ils s’arrogent le droit de décréter, de leur propre chef, le licite et l’illicite. Se soumettre à un homme rendant un (verdict) hukm autonome, c’est porter atteinte à l’unicité de la Seigneurie divine ; car à Allah seul appartient le droit souverain de légiférer sur le halal et le haram. Lorsqu’un savant forge une sentence hors du sillage des textes sacrés transmis par les Imams d’Ahlul-Bayt (as), il usurpe une prérogative exclusivement divine. En validant ce jugement sans source, le fidèle ne suit plus une guidance divine, il substitue l’homme à son Créateur.

​Dès lors, la quête du croyant doit changer de nature : elle ne s’exprime plus par « Quelle est votre fatwa ? », mais par cette interrogation primordiale : « Quels sont les hadiths des Ahlul-Bayt (as) sur ce sujet ? ». On ne sollicite plus l’opinion du savant, mais son humble savoir du corpus sacré. Son rôle est d’orienter et de transmettre, jamais de légiférer. Car là où le hadith se tait, ce silence n’est point une lacune : c’est l’expression d’une volonté divine.

VI. La gestion des questions nouvelles : l’exemple de la cigarette

C’est précisément ici que la méthode des transmetteurs déploie toute sa cohérence et marque sa rupture fondamentale avec l’Ijtihad qui ne provient pas exclusivement des Thaqalayn. Pour en saisir l’essence, observons un exemple contemporain : l’usage de la cigarette. Le tabac étant inconnu à l’époque des Imams, d’Ahlul-Bayt (as), le corpus sacré ne contient aucun hadith stipulant explicitement : « la cigarette est haram » ou « la cigarette est halal ».

​Devant ce silence apparent des textes, deux postures intellectuelles et spirituelles s’offrent au croyant.

  • La première posture, repose sur le mécanisme de l’analogie : considérant que la cigarette est nuisible à la santé et que tout préjudice est interdit, elle en conclut que la cigarette est haram. Par ce raisonnement, le juriste forge un jugement (hukm) inédit et, ce faisant, se substitue au Guide, car seul Allah peut designer ce qui est halal où haram ; le juriste se retrouve donc entrain de légiférer au nom d’Allah. C’est là précisément l’objet de la condamnation des Imams. Le grief ne porte pas tant sur la justesse de la conclusion que sur l’illégitimité de la méthode : elle contraint les sources à une parole qu’elles n’ont pas prononcée, en imposant le prisme d’une raison humaine là où seule la révélation fait autorité.
  • La seconde, celle du transmetteur qui consiste à faire ce qui suit : consulter un savant qui maîtrise le corpus des hadiths des Ahlul Bayt (as) et lui poser la question. Ce savant répond non pas par son opinion, mais par son savoir du corpus général. Il précise s’il existe ou non des hadiths spécifiques sur la question. S’il n’en existe pas, il oriente le croyant vers les principes généraux transmis par les Imams : sur la préservation de la santé, sur l’interdiction du gaspillage, sur l’évitement de ce qui détruit le corps. Il cite ces textes. Le croyant, à la lumière de ces principes transmis, se situe lui-même, sans que le savant ait eu besoin de produire un jugement (hukm) personnel.

Et si aucun principe ne couvre clairement la question ? La règle est transmise par l’Imam al-Ṣādiq (as) lui-même :

« S’arrêter face à une ambiguïté est meilleur que se précipiter dans la perdition. Et délaisser un hadith que tu n’as pas rapporté est meilleur que de rapporter un hadith que tu n’as pas maîtrisé » Al-Kāfi, Livre 2, Chapitre 16

Le silence n’est pas un vide. Il est lui-même une réponse : là où les Imams d’Ahlul-Bayt (as) n’ont pas parlé avec précision, l’humilité s’impose, et l’opinion humaine ne saurait combler ce que l’Imam d’Ahlul-Bayt (as) a choisi de laisser ouvert. S’abstenir de légiférer dans ce cas n’est pas un échec de la méthode, c’est son accomplissement.

Conclusion : le constat d’al-Astarābādī

Muḥammad Amīn al-Astarābādī, un savant akhbari, dans son Al-Fawāʾid al-Madaniyya, formule avec une clarté remarquable le principe qui sous-tend toute cette méthode : les Imams ont parlé pour toutes les situations nécessaires jusqu’au Jour de la Résurrection. Il s’ensuit logiquement :

Soit un texte existe, explicite ou formulé sous forme de principe général applicable à la situation. Soit le silence lui-même est voulu et constitue la réponse.

Dans les deux cas, l’opinion humaine est exclue. Non pas parce qu’on méprise la raison, mais parce qu’on reconnaît ses limites, et que là où Allah et Ses envoyés ont parlé à travers les Imams d’Ahlul Bayt (as), les hommes doivent écouter et transmettre, non raisonner et substituer. Légiférer à la place de l’Imam (as), c’est s’ériger en seigneur législateur à la place d’Allah. Suivre celui qui le fait, c’est le prendre comme seigneur et cela est du shirk (associationisme). C’est dans cette posture : la fidélité aux textes, l’humilité face à l’ambiguïté, le refus de la substitution et de l’usurpation du rôle, l’acceptation du silence, que réside la fidélité aux Thaqalayn : les deux poids que le Prophète ﷺ nous a laissés en héritage, indissociables, jusqu’au Jour du Retour.

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