L’obligation de la connaissance

Allah a dit :

« Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. » (35:28)

« Dis: « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas? » Seuls les doués d’intelligence se rappellent. » (39:9)

« Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir. » (58 : 11)

​« Et dis : « Ô mon Seigneur, accroît mes connaissances ! » (20 : 114)

​« Demandez donc aux gens du rappel (les 12 imams d’Ahlul-Bayt) si vous ne savez pas. » (16 : 43)

Le Messager d’Allah a dit :

« La recherche de la science est une obligation pour tout musulman, et sachez qu’Allah aime ceux qui poursuivent la science. » (Al Kafi volume 1)

Ces références scripturaires et prophétiques soulignent un principe fondamental : la quête de la connaissance n’est nullement facultative, mais constitue la condition sine qua non de la piété et de l’élévation spirituelle. Dès lors qu’il est impossible de craindre ou d’obéir sincèrement à une entité que l’on ne connaît point, l’ignorance ne saurait être perçue comme un état neutre ou une fatalité, mais bien comme une lacune dont le croyant porte la responsabilité. En établissant une distinction de rang entre les savants et les ignorants, la parole divine fait de l’intelligence et du savoir le moteur essentiel d’une foi authentique et d’un engagement mesurable envers le Créateur.

Le Prophète ﷺ l’a traduit en obligation : « Acquiers la connaissance, car la recherche de la connaissance est un devoir pour tout musulman. » (Bihar al-Anwār, vol. 1)

Il ne s’agit pas d’une vertu supplémentaire pour ceux qui en auraient le goût, mais d’un devoir, une obligation. Car on n’accède à la connaissance transmise par les élus d’Allah que par le biais de leur transmission, et non par la philosophie ou la réflexion personnelle infondée, ce qui ne ferait qu’occasionner une multitude d’islams et de théories différentes, Allah nous dit que celui qui donne son avis à tout- va sans rechercher la science utile, fini irrémédiablement par s’égarer :

Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa propre divinité ? Et Allah l’égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas ? (45 : 23)

Celui qui ne cherche pas n’est donc pas simplement dans une position modeste : il est en état d’infraction. L’Imam Ali (as) n’a laissé aucune position intermédiaire confortable :

« Les gens se divisent en trois : le savant divin, l’étudiant sur le chemin d’Allah, et une foule déchaînée qui suit chaque orateur innovateur, inclinée à chaque vent, non éclairée par la lumière de la connaissance et ne se tournant vers aucun repère solide. » (Bihar al-Anwār, vol. 1)

L’Imam Ja’far al-Ṣādiq (as) a été encore plus direct :

« Les gens sont de deux types : les savants et les étudiants. Tous les autres sont ignorants, et les ignorants seront dans le feu. » (Bihar al-Anwār, vol. 1)

L’obligation de rechercher la science ne définit pas, à elle seule, la nature de l’élan qui doit l’animer ; or, c’est précisément dans cette intention que réside l’essentiel, car une même démarche, selon la finalité qui l’oriente, peut aboutir à des résultats radicalement opposés.

L’Imam al-Ṣādiq (as) a tracé la limite sans ménagement :

« Celui qui recherche la science pour s’enorgueillir devant les ignorants, ou pour rivaliser avec les savants, ou pour attirer l’attention des gens vers lui, qu’il se prépare à prendre sa place en Enfer. » (Al-Kāfī, vol. 1)

Ce n’est pas une mise en garde contre des cas exceptionnels, c’est la description d’une dérive dans laquelle tout chercheur sincère peut tomber sans s’en rendre compte. On commence par vouloir comprendre, et on finit par vouloir avoir raison. On commence par chercher Allah, et on finit par chercher sa propre gloire dans le regard des autres. L’Imam Musa Al Kazim (as) a décrit merveilleusement cela, il dit:

« Nul ne craint vraiment Allah sauf celui dont les paroles sont confirmées par ses actes, et dont le secret et le public sont en harmonie. » (Bihar al-Anwār, vol. 1)

Une science accumulée tel un capital stérile ou arboré comme un simple ornement mondain, sans être traduite en actes ni en réforme intérieure, se condamne à la corruption ; car, à l’instar d’une eau stagnante qui, faute de mouvement et de renouvellement, finit par croupir et s’altérer, le savoir non pratiqué perd sa pureté originelle pour devenir un fardeau délétère qui finit par corrompre l’âme qu’il était censé éclairer.

L’intention juste émane d’une source profonde : la conscience que chercher le savoir, c’est avant tout aspirer à obéir à Allah avec lucidité plutôt que par simple habitude. Cette intention ne peut être figée au départ, mais elle doit être sans cesse renouvelée, purifiée tout au long du chemin de l’apprentissage, car l’ego ne s’efface pas devant l’étude ; au contraire, il s’adapte, adopte de nouveaux visages et peut faire de la science son instrument le plus redoutable s’il n’est pas tempéré par l’humilité. Satan, délaissant ceux que l’ignorance égare déjà, concentre alors ses ruses les plus sournoises sur les doués de raison, transformant le savoir, si l’on n’y prend garde, en un piège de vanité là où il aurait dû être une lumière de délivrance. L’Imam Ali (as) nous avertit dans ce sens :
« Certes, Satan dispose de souffles, de crachats et de suggestions. Ses souffles consistent à rendre l’étudiant orgueilleux, ses crachats consistent à lui faire oublier ce qu’il a appris, et ses suggestions consistent à lui faire douter de la vérité. »

Dans Al-Kafi on trouve cette narration de l’Imam Ja’far al-Sadiq (as) :

« Ne sois pas comme la bougie qui éclaire les gens alors qu’elle se consume elle-même. »

​Dans les enseignements de l’Imam al-Sadiq (as), cette parole est souvent liée à l’avertissement contre le fait de prêcher la vertu sans l’appliquer. Il existe également une version rapportée du Prophète Muhammad ﷺ qui développe davantage cette image :

​« L’exemple de celui qui enseigne le bien aux gens mais s’oublie lui-même est semblable à celui de la bougie qui éclaire les gens tout en se brûlant. » (Biḥār al-Anwār, vol. 2)

Les textes ne parlent donc pas seulement de chercher la science, ils définissent aussi la manière dont elle doit être reçue, portée et transmise afin qu’elle soit réellement profitable. Le Prophète ﷺ a posé quatre conditions, il dit :

« Il y a quatre choses que tout être intelligent doit observer : écouter la connaissance, la mémoriser, la transmettre à ses proches, et la mettre en pratique. » (Biḥār al-Anwār, vol. 1)

Ces quatre étapes dessinent un processus complet dans lequel chacune conditionne la suivante. Une science qu’on entend sans retenir ne produit rien. Une science qu’on retient sans pratiquer n’a aucun effet sur l’individu. Une science que l’on pratique sans transmettre reste stérile. Et pire encore, une science apprise mais non pratiquée devient un fardeau le jour du Jugement dernier, car elle est un argument contre celui qui la porte. Le Prophète ﷺ nous le rappelle dans ce hadith:

« Les gens les plus sévèrement châtiés au Jour de la Résurrection sont les savants dont la science ne leur a pas été utile. » (Biḥār al-Anwār, vol. 2)

Loin d’être une course à la quantité ou une quête de performance visant à surpasser autrui, la recherche de la science est avant tout un processus de transformation intérieure où la profondeur prime sur la vitesse. Ce cheminement impose d’abord un travail rigoureux sur l’ego, car celui qui s’engage dans la connaissance ne part pas d’un terrain neutre, mais d’un passif marqué par des certitudes héritées et des réflexes culturels mués en convictions rigides. Dès lors que le savoir commence à ébranler ces fondations, l’ego déploie ses résistances pour se protéger, cherchant par tous les moyens à détourner la quête de la vérité pour la transformer en une simple défense de soi. C’est ce qui est transmis par l’Imam al-Bāqir (as) dans ce sermon du compagnon Abu Dharr (ra) :

« Un cœur qui ne contient rien de la science est comme la maison en ruine qui n’a pas de bâtisseur. » (Biḥār al-Anwār, vol. 1). Désapprendre est un processus qui prends du temps, il consiste à nettoyer et à abandonner ces propres certitudes fermement encrées.

L’Imam al-Ṣādiq (as) nous enseigne une technique accessible à tous, il dit : « La science n’est pas l’abondance de l’apprentissage. Elle n’est qu’une lumière qu’Allah place dans le cœur de celui qu’Il veut guider. Si tu veux la science, commence par chercher en toi-même la réalité de la servitude. » (Biḥār al-Anwār, vol. 1)

Al ʿubūdiyyah : La servitude, c’est reconnaître qu’on ne recherche pas pour soi, que ce qu’on apprend ne nous appartient pas, et que la lumière ne vient pas du travail seul mais de Celui qui accorde ou retient : Allah. L’Imam Ali (as) a résumé cette exigence dans un hadith que l’on gagnerait à relire régulièrement :

« La science possède de nombreux mérites : sa tête est l’humilité, ses yeux sont le renoncement à l’envie, sa langue est la véracité, son cœur est la bonne intention, sa sagesse est la piété scrupuleuse, son profit est la santé, son trésor est l’abandon des péchés. » (Biḥār al-Anwār, vol. 1)

En définitive, pour que la science soit une force vive et non une simple accumulation de concepts, elle doit être puisée à sa source originelle et authentique. Car, dans Sa sagesse, Allah n’a jamais abandonné Sa Révélation au gré des interprétations humaines ; Il lui a adjoint des gardiens divinement investis, dont la mission est d’en préserver l’éclat et d’en transmettre la profondeur. Seuls ces guides divinement désignés, sont capables d’irriguer nos cœurs d’une connaissance véritable. Allah dit à ce propos :

Il dit : « Descendez d’ici, (Adam et Eve), [vous serez] tous (avec vos descendants) ennemis les uns des autres. Puis, si jamais un guide vous vient de Ma part, quiconque suit Mon guide ne s’égarera ni ne sera malheureux. (20 : 123)

Dans le prochain article, nous aborderons la nécessité d’un professeur dans notre parcours, un professeur baigné dans la science des véritables Guides élus d’Allah, le Prophète ﷺ et ses Ahl al-Bayt (as), qui nous ont laissés cette science sans que ce professeur n’y mêler son opinion personnelle et sans faire valoir ses propres mérites…

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