Le Jour d’Achoura

Le Messager de Dieu (as) : « Ḥusayn est de moi, et je suis de Ḥusayn. »

Introduction : un jour qui n’appartient pas au passé

Le dixième jour du mois de Muḥarram, connu sous le nom d’Achoura (de l’arabe « ʿAshara », « dix »), n’est pas une simple date dans la mémoire des croyants. Il est le point de bascule de l’histoire de l’Islam, le moment où la lumière de la prophétie et la ténèbre de la tyrannie se sont affrontées à découvert, dans le désert brûlant de Karbalāʾ.

Sur le plan ésotérique, la mission du Prophète Muhammad (as) était d’apporter la Révélation (Tanzil), tandis que la mission des Imams d’Ahlul-Bayt était d’en préserver l’interprétation spirituelle authentique (Ta’wil).

​Sous le règne de Yazid, l’islam risquait d’être vidé de sa substance spirituelle et réduit à une coquille vide servant à légitimer la tyrannie. L’Imam al-Hussayn (as) a clairement défini la cause spirituelle de son soulèvement dans son testament .

​Le sacrifice de l’Imam (as) est donc l’acte ultime de Fréquentation du Vrai (Al-Haqq) contre le Faux (Al-Batil). Sans Kerbala, l’essence ésotérique de l’islam aurait été assimilée aux dérives du pouvoir temporel, coupant l’humanité de sa source spirituelle.

En ce jour de l’an 61 de l’Hégire (680 ap. J.-C.), l’Imam al- al-Hussayn ibn ʿAlī (as), petit-fils du Prophète Muḥammad (as), fils de Fāṭima al-Zahrāʾ (as) et de l’Imam ʿAlī (as), tomba en martyr avec sa famille et ses fidèles compagnons, afin que la religion de son grand-père ne soit pas effacée par la corruption omeyyade.

Lire Achoura à la lumière de l’École des Gens de la Demeure prophétique (Ahlulbayt), c’est comprendre que ce sacrifice n’est pas une défaite militaire, mais une victoire du sang sur l’épée : une école permanente de dignité, de refus de l’oppression et de fidélité à la vérité.

I. Le nom, le mois sacré, et la gravité du crime

Le mot Achoura renvoie au dixième jour de Muḥarram, premier mois du calendrier lunaire islamique. Or Muḥarram fait partie des quatre mois sacrés (al-ashhur al-ḥurum) que Dieu a institués dès la création des cieux et de la terre. Le Coran déclare :

« En vérité, le nombre des mois, auprès de Dieu, est de douze [inscrits] dans le Livre de Dieu, le jour où Il créa les cieux et la terre. Parmi eux, quatre sont sacrés. »

Coran, al-Tawba (9), v. 36

Dans ces mois sacrés, l’effusion du sang et le combat sont solennellement prohibés. C’est pourquoi le crime de Karbalāʾ revêt une gravité redoublée : non seulement on a massacré la descendance du Prophète, mais on l’a fait au cœur même d’un mois que Dieu avait sanctifié, violant ainsi à la fois la sacralité du sang prophétique et celle du temps sacré.

La manifestation de l’Adoration Absolue (Al-‘Ubudiyyah)

​Sur le champ de bataille, alors qu’il était blessé et agonisant sur le sable brûlant de Kerbala, l’Imam al-Hussayn (as) a prononcé des paroles qui résument l’essence ésotérique de son état spirituel :

​« O Allah ! Je accepte Ton décret, je me soumets à Ton ordre, il n’y a de divinité que Toi, ô Toi qui viens au secours de ceux qui appellent à l’aide. »

​À cet instant précis, Kerbala devient le miroir de l’adoration parfaite. L’Imam dépouille son être de tout attachement terrestre pour ne faire face qu’à la Présence Divine. Esotériquement, son martyre n’est pas une défaite, mais une ascension spirituelle (Mi’raj) où l’âme s’anéantit en Dieu (Fana fi-Llah).

II. Les annonces prophétiques : un martyre connu avant l’heure

Le martyre de l’Imam al-Ḥusayn (as) ne fut pas un accident de l’histoire. Les traditions des Ahlulbayt rapportent que le Prophète (as) lui-même l’avait annoncé, des décennies avant l’événement, scellant ainsi le lien indissociable entre sa propre mission et le sacrifice de son petit-fils.

Le lien fusionnel : « Ḥusayn est de moi »

Parmi les paroles les plus célèbres du Messager de Dieu (as) concernant son petit-fils :

حُسَيْنٌ مِنِّي وَأَنَا مِنْ حُسَيْن

« Ḥusayn est de moi et je suis de Ḥusayn. Dieu aime quiconque aime Ḥusayn. »

ʿUyūn Akhbār al-Riḍā et Amālī d’al-Ṣadūq ; Biḥār al-Anwār, t. 43 (kitāb al-Ḥasan wa-l-Ḥusayn).

  Le Prophète Muḥammad (as)

Cette parole établit que la survie de l’Islam authentique et la personne de al-Ḥusayn sont liées : préserver le message, c’est honorer le sacrifice de celui par qui le message a été sauvé.

Les deux maîtres de la jeunesse du Paradis

Le Prophète (as) a également déclaré au sujet de ses deux petits-fils :

« al-Ḥasan et al-Ḥusayn sont les deux maîtres de la jeunesse des gens du Paradis. »

al-Kāfī (kitāb al-ḥujja) ; ʿUyūn Akhbār al-Riḍā ; Biḥār al-Anwār, t. 43

Le Prophète Muḥammad (as)

Ce statut éminent confère à leur sang une valeur incomparable et fait du meurtre de al-Ḥusayn un acte d’une démesure cosmique.

La terre rouge de Karbalāʾ

Les recueils des Ahlulbayt rapportent une tradition poignante : l’ange Gabriel (Jibrāʳīl) descendit auprès du Prophète (as) et lui annonça que sa communauté tuerait son petit-fils Ḥusayn. Il lui remit une poignée de la terre rouge du lieu où il serait martyrisé. Le Prophète confia cette terre à son épouse Umm Salama, lui indiquant que lorsque cette terre se transformerait en sang, ce serait le signe que Ḥusayn venait d’être tué. La tradition rapporte qu’au jour d’Achoura, la terre se mua effectivement en sang frais.

III. De Médine à Karbalāʾ : la chronologie du soulèvement (60–61 AH)

Le refus de l’allégeance (Bayʿa)

En l’an 60 de l’Hégire, à la mort de Muʿāwiya ibn Abī Sufyān, son fils Yazīd s’empare du califat à Damas. Contrairement à son père qui dissimulait sa corruption, Yazīd l’affichait ouvertement : débauche, mépris des préceptes, persécution. Il exige de l’Imam al-Ḥusayn une allégeance immédiate et publique.

L’Imam refuse catégoriquement de légitimer un tel dirigeant. Sa réponse est restée célèbre :

مِثْلِي لَا يُبَايِعُ مِثْلَه

« Un homme comme moi ne peut prêter allégeance à un homme comme lui. »

Ibn A‘tham al-Kūfī, Al-Futūḥ, Tome 5, page 14. Imam al-Ḥusayn (as)

Prêter serment à Yazīd, ce n’eût pas été un simple choix politique : c’eût été apposer le sceau de la maison prophétique sur la perversion du message. L’Imam ne pouvait l’accepter sans trahir la mission de son grand-père.

Le départ vers La Mecque et l’appel de Koufa

Refusant l’allégeance, l’Imam quitte Médine, la ville de son grand-père, et se réfugie à La Mecque. De là, il reçoit des milliers de lettres des habitants de Koufa (Irak), qui le supplient de venir prendre la tête de la communauté et le promettent de leur soutien.

L’Imam envoie d’abord son cousin et émissaire de confiance, Muslim ibn ʿAqīl, pour évaluer la sincérité de la population. Muslim recueille d’abord des dizaines de milliers de serments d’allégeance. Mais lorsque le gouverneur omeyyade ʿUbayd Allāh ibn Ziyād déploie la terreur, les Koufiens abandonnent Muslim, qui est arrêté puis exécuté. La trahison de Koufa était scellée avant même l’arrivée de l’Imam.

L’interception et l’encerclement

L’Imam, ignorant encore le sort de Muslim, poursuit sa route avec sa famille et ses compagnons. En chemin, sa caravane est interceptée par l’avant-garde omeyyade commandée par al-Ḥurr ibn Yazīd al-Riyāḥī, qui le contraint à dévier de sa route. La troupe est immobilisée dans la plaine aride de Karbalāʾ dès le 2 Muḥarram 61 AH. L’armée omeyyade, sous le commandement de ʿUmar ibn Saʿd sur ordre d’Ibn Ziyād, se rassemble ; plusieurs milliers d’hommes face à une poignée de fidèles.

La privation d’eau

À partir du 7 Muḥarram, l’accès à l’eau de l’Euphrate est coupé à l’Imam et aux siens. Femmes, enfants et nourrissons endurent une soif terrible sous le soleil du désert. C’est cette soif, en particulier celle des enfants de Karbalā, qui demeurera au cœur du deuil des croyants.

La nuit d’Achoura : la liberté offerte aux compagnons

La nuit précédant le combat (laylat ʿĀshūrāʾ), l’Imam rassemble ses compagnons. Selon les traditions rapportées par les Ahlulbayt, il éteint les lumières et leur rend leur liberté : il les délie de toute obligation envers lui et les invite à partir dans l’obscurité pour sauver leur vie, leur déclarant que ces gens ne recherchent que sa personne. Aucun ne consentit à l’abandonner. Cette nuit fut consacrée à la prière, à la récitation du Coran et à l’invocation ; la tente de l’Imam, dit-on, bruissait comme une ruche d’abeilles.

Le jour d’Achoura : le martyre

Au matin du 10 Muḥarram, après que l’Imam eut épuisé tout argument et adressé ses derniers avertissements à l’armée ennemie, le combat s’engage. Un à un, les compagnons puis les membres de la famille prophétique tombent. L’Imam al-Ḥusayn (as), resté seul, est finalement encerclé, blessé de toutes parts, puis décapité par Shimr ibn Dhī al-Jawshan.

Le camp est pillé, les tentes incendiées. Les femmes et les enfants de la sainte famille, au premier rang desquels Sayyida Zaynab (as), sœur de l’Imam, et l’Imam ʿAlī ibn al-Ḥusayn (as), dit al-Sajjād, seul fils survivant, sont faits captifs et conduits enchaînés de Koufa jusqu’à Damas.

Le sang d’Allah (Thar Allah)

​Dans les supplications majeures (Ziyarat) enseignées par les Imams pour saluer l’Imam al-Hussayn (as), comme la Ziyarat Ashura, Hussayn (as) est qualifié de « Thar Allah wa bna Tharih » (Le Sang d’Allah et le fils de Son Sang).

​D’un point de vue ésotérique, cela ne signifie évidemment pas une approche anthropomorphique de Dieu, mais indique que l’Imam al-Hussayn est devenu le canal pur de la justice et de la miséricorde divines sur Terre. Verser son sang revenait à s’attaquer à la Lumière Divine elle-même. C’est pourquoi les Imams enseignent que la tragédie de Kerbala a fait pleurer les cieux, la terre et les anges : le crime commis rompait l’équilibre spirituel du cosmos.

​En résumé, la cause profonde de Kerbala est le renouvellement de l’alliance entre l’homme et le Divin. Par son sacrifice, l’Imam al-Hussayn a tracé une frontière éternelle et indélébile entre la justice spirituelle et la tyrannie, offrant à chaque chercheur de vérité un phare intemporel pour traverser les ténèbres du monde matériel.

IV. Le but déclaré de l’Imam : réforme et refus de l’humiliation

Contre toute lecture réductrice qui ferait de Karbalāʾ une simple querelle de pouvoir, l’Imam lui-même a explicité le sens de son soulèvement. Dans son testament adressé à son frère Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya, il déclare :

« Je ne me suis pas soulevé par insolence, ni par orgueil, ni pour semer la corruption ou l’injustice. Je me suis soulevé pour réformer la communauté de mon grand-père. Je veux ordonner le bien et interdire le mal, et suivre la voie de mon grand-père et de mon père. »

Biḥār al-Anwār, Tome 44, p. 329.Imam al-Ḥusayn (as)

Son soulèvement est donc l’incarnation vivante du principe coranique d’al-amr bi-l-maʿrūf wa-l-nahy ʿan al-munkar (ordonner le convenable et interdire le blâmable). Face à l’ennemi qui le sommait de se soumettre, il prononça la parole devenue le cri de tous les opprimés :

هَيْهَاتَ مِنَّا الذِّلَّة

« Loin de nous l’humiliation ! »

Biḥār al-Anwār, Tome 45, p. 8 Imam al-Ḥusayn (as)

V. Le statut théologique du jeûne d’Achoura selon les Ahlulbayt

Un point de divergence majeur sépare l’école des Ahlulbayt d’autres écoles concernant la pratique du jeûne le jour d’Achoura.

Une distinction essentielle

Dans l’école des Ahlulbayt, le jeûne complet d’Achoura accompli avec une intention de dévotion festive ou de réjouissance est prohibé (ḥarām) ou, selon les avis, fortement réprouvé (makrūh). Car jeûner par allégresse en ce jour reviendrait à se réjouir du meurtre du petit-fils du Prophète.

La fabrication omeyyade

Les Imams (as) ont enseigné que les Omeyyades et leurs partisans inventèrent et propagèrent des traditions présentant Achoura comme un jour de fête universel, prétendant par exemple que ce serait le jour où l’arche de Noé se posa ou celui où Moïse fut sauvé, dans le but de masquer leur crime et de transformer un jour de deuil en jour de réjouissance.

La parole de l’Imam al-Ṣādiq (as)

Interrogé sur le jeûne d’Achoura, l’Imam Jaʿfar al-Ṣādiq (as) répondit :

« C’est le jour où al-Ḥusayn fut assassiné. Si tu t’en réjouis, alors jeûne… Le jeûne n’est point institué pour une calamité ; il n’est rendu obligatoire ou recommandé que pour exprimer la gratitude envers un bienfait. »

Al-Kulaynī, Al-Kāfī, Tome 4, Kitāb al-Ṣiyām (Le Livre du Jeûne) Imam al-Ṣādiq (as)

La pratique recommandée : l’Imsāk

Plutôt que de jeûner, l’École des Ahlulbayt enseigne d’observer le deuil. Il est recommandé de pratiquer l’Imsāk : s’abstenir de manger et de boire par tristesse et par compassion pour la soif endurée par l’Imam et les enfants de Karbalā, sans formuler l’intention légale du jeûne (niyya), puis de rompre cette abstinence après l’heure de la prière de l’après-midi (ʿAṣr) avec un peu d’eau ou une nourriture simple, à l’image de ceux qui ont enduré la soif.

VI. Le sens du sacrifice : les martyrs ne meurent pas

Pourquoi commémorer une mort ? Parce que, dans la vision coranique, le martyr (shahīd) n’est pas un vaincu, mais un vivant auprès de son Seigneur. Dieu dit :

« Ne considère point comme morts ceux qui ont été tués dans le chemin de Dieu. Ils sont au contraire vivants, auprès de leur Seigneur, pourvus de Ses dons. »

Coran, Āl ʿImrān (3), v. 169

Le sang de Karbalāʾ n’a donc pas été versé en vain : il a ravivé la conscience de la communauté. En refusant de prêter allégeance au prix de sa vie, l’Imam al-Ḥusayn (as) a démasqué la nature réelle du pouvoir omeyyade et a sauvé l’Islam de son grand-père de la dénaturation. C’est en ce sens que la pensée des Ahlulbayt affirme que l’Islam est muḥammadien dans son origine et ḥusaynien dans sa survie.

Et lorsque le malheur frappe, le croyant prononce la parole que le Coran lui enseigne :

« Ce sont ceux qui, frappés d’un malheur, disent : “Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons.” »

Coran, al-Baqara (2), v. 156

VII. Les pratiques recommandées (Aʿmāl) d’Achoura

Selon les enseignements des Imams, le jour d’Achoura est exclusivement dédié au deuil (˻azāʾ), au souvenir et à la prière. Parmi les pratiques recommandées :

  • La récitation de la Ziyārat ʿĀshūrā, salutation sacrée transmise par l’Imam Muḥammad al-Bāqir (as), qui rappelle les mérites de l’Imam al-Ḥusayn, prend ses distances envers ses meurtriers, et exprime le vœu de combattre pour la justice aux côtés de l’Imam attendu, al-Mahdī (as).
  • Les assemblées de deuil (Majālis), organiser et assister à des rassemblements où l’on relate les détails de la tragédie, afin de perpétuer la mémoire du sacrifice et d’en tirer les leçons.
  • Les pleurs (al-bukāʾ), les traditions des Ahlulbayt accordent un grand mérite à celui qui pleure l’Imam al-Ḥusayn (as), le fait pleurer autrui, ou même se donne l’apparence de l’affliction (tabākī). Ces larmes scellent l’attachement du cœur à la cause de la vérité.
  • Le désaveu des oppresseurs (Tabarrāʾ), se dissocier explicitement de ceux qui ont combattu, opprimé et tué la famille du Prophète.
  • L’Imsāk, l’abstinence de deuil décrite plus haut, rompue en fin d’après-midi.
  • La visite (Ziyāra) du tombeau de l’Imam, pour qui le peut ; et pour les autres, l’orientation du cœur vers Karbalāʾ et la salutation à distance.

VIII. Zaynab et l’Imam al-Sajjād : la voix qui sauva le message

Le massacre de Karbalāʾ aurait pu rester un crime enfoui dans le désert si la voix des survivants ne l’avait pas porté jusqu’au cœur même du pouvoir.

Sayyida Zaynab (as), sœur de l’Imam, conduite captive de Koufa à Damas, transforma sa captivité en tribune. Devant la foule de Koufa, puis dans la cour même de Yazīd, elle prononça des discours d’une éloquence foudroyante qui dévoilèrent l’imposture du calife et proclamèrent la vérité du sang versé. Elle empêcha que la tragédie ne soit travestie en victoire impériale.

L’Imam ʿAlī ibn al-Ḥusayn al-Sajjād (as), seul fils survivant et quatrième Imam, porta lui aussi témoignage. Par ses sermons et, plus tard, par ses invocations, il maintint vivante la mémoire de Karbalāʾ et transmit le message aux générations.

C’est grâce à eux que le sacrifice d’Achoura ne fut pas étouffé, mais devint l’école permanente qu’il demeure aujourd’hui.

IX. La portée universelle : « Chaque jour est Achoura »

Pour l’École des Ahlulbayt, Achoura n’est pas un événement figé du passé, mais un principe vivant.

Le conflit entre le juste et l’injuste, entre la dignité et l’humiliation, entre la vérité et le mensonge, est intemporel. Partout où un opprimé se dresse contre un tyran, partout où un croyant refuse de plier devant la corruption, Karbalāʾ se rejoue et le flambeau de al-Ḥusayn (as) éclaire le chemin.

Le Pacte Prééternel (Al-Mithaq)

​Selon les traditions (hadiths) rapportées par les Imams, notamment dans les enseignements de l’Imam Ja’far al-Sadiq (as), le sacrifice de Kerbala découle d’un pacte scellé dans le monde des esprits (‘Alam al-Dharr) bien avant la création du monde physique.

​Le Coran fait allusion à ce pacte primordial :

​« Et quand ton Seigneur tira des reins des fils d’Adam leur descendance et les fit témoigner sur eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils dirent : « Mais si, nous en témoignons… » (Coran 7 :172)

​Les Imams d’Ahlul-Bayt expliquent que dans ce monde de la prééternité, Allah a présenté les épreuves nécessaires pour maintenir la lumière de la Guidance (Al-Wilayah). L’Imam al-Hussayn (as) a volontairement accepté l’épreuve la plus lourde, le don de sa vie, de sa famille et de ses biens, par amour absolu pour le Créateur et pour le salut spirituel des croyants. Kerbala est la réalisation terrestre de cet engagement sacré.

L’explication ésotérique du « Sacrifice Sublime »

​Dans le Coran, lors du récit du sacrifice d’Ismaïl par son père Abraham, un verset mystique interpelle les commentateurs d’Ahlul-Bayt :

​« Et Nous le rançonnâmes par un sacrifice sublime. » (Coran 37 :107)

​Les Imams d’Ahlul-Bayt, et particulièrement l’Imam Ali al-Rida (as), ont explicité la dimension ésotérique de ce verset. Ils enseignent qu’Allah a épargné Ismaïl car le « sacrifice sublime » destiné à porter le poids de la rédemption et de la guidance éternelle de l’humanité était celui de l’Imam al-Hussayn (as) à Kerbala. Le bélier envoyé à Abraham n’était qu’un substitut temporel, annonçant le sacrifice spirituel et total qui aurait lieu des siècles plus tard dans le désert d’Irak.

Conclusion

Achoura est la mémoire d’un sang qui a vaincu une épée. En tombant à Karbalāʾ, l’Imam al-Ḥusayn (as) n’a pas perdu : il a inscrit dans l’histoire la preuve éclatante que la vérité ne se mesure pas à la force des armées, mais à la fidélité des cœurs. Commémorer Achoura, ce n’est pas seulement pleurer une tragédie ; c’est renouveler chaque année le serment de ne jamais légitimer l’injustice, et de demeurer, comme il le disait lui-même, du côté de ceux qui ordonnent le bien et interdisent le mal.

هَيْهَاتَ مِنَّا الذِّلَّة

« Loin de nous l’humiliation. »

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